Pourquoi le message de Donald Trump continue de trouver un écho
Aussi impopulaire que soit l'ancien président en dehors de sa base de fans inconditionnels, son « America First » continue de marquer des points, estime l'auteur invité Néckel Polfer.
Après l'assaut du Capitole du 6 janvier 2021, il tient presque du miracle (ou du cauchemar, selon le point de vue) que Donald Trump soit à nouveau candidat à la présidence américaine. Mais entre-temps, ce serait plutôt un miracle si Trump n'était pas réélu – qui plus est avec une large majorité au collège électoral. Comment en est-on arrivé là ?
Le fait que le président Joe Biden soit entre-temps encore plus impopulaire que Trump doit être imputé au maigre bilan de son mandat. Après les années chaotiques de Trump, la soi-disant « A-Team » de Biden voulait justement prouver que les « adultes » étaient de nouveau aux commandes. Mais l'inflation persistante, l'immigration clandestine incontrôlée et la situation internationale dangereuse donnent l'impression d'un président très affaibli, qui présente en outre des signes de démence.
L'argument selon lequel le monde serait au bord du gouffre en cas d'élection de Trump ne fonctionnera pas cette fois-ci – car le monde est de toute façon déjà au bord du gouffre. Par ailleurs, il faudrait distinguer les traits de caractère de Trump – impulsif, imprévisible, narcissique et insupportable – de sa politique. Sa politique « America First » reste populaire, car elle est bien plus rationnelle, et sert davantage l'intérêt propre de nombreux Américains, que ses adversaires ne veulent l'admettre.
Les problèmes sociaux en Amérique
Après la défaite électorale d'Hillary Clinton face à Trump en 2016, les stratèges démocrates avaient déjà tiré des leçons de cet échec. Le message de Trump à la classe moyenne « oubliée » avait sans conteste touché une corde sensible. Depuis la révolution Reagan des années 1980, l'écart des revenus ne cesse de se creuser. Alors que les revenus de la classe moyenne stagnent, ceux des élites battent record sur record. Les raisons en sont multiples, mais le libre-échange mondial et la forte immigration jouent un rôle important, notamment pour tirer vers le bas les revenus les plus modestes.
Quiconque a vécu en Amérique sait à quel point la richesse y est répartie de manière inégale. L'Amérique n'est pas un pays riche, mais un pays où vivent quelques personnes riches. Il n'existe pas de filet social comme en Europe. Une grande partie de la population vit donc dans le risque permanent de basculer dans la pauvreté en cas de perte d'emploi. Les classes populaires ont peu de chances de s'élever socialement. Les écoles des quartiers pauvres sont souvent catastrophiques, la drogue et la criminalité y sont omniprésentes. Même les plus aisés s'inquiètent, car les études et l'assurance maladie deviennent toujours plus chères, et la retraite privée risque de ne pas suffire.
La politique échouée de Biden
La principale raison des sondages catastrophiques de Biden réside dans sa politique migratoire. Le nombre de migrants clandestins interpellés chaque année par la police des frontières a atteint un record absolu de deux millions. Le chiffre noir est bien plus élevé – on estime que le nombre de migrants clandestins a doublé, passant de dix à 20 millions en trois ans.
Même dans les villes démocrates, une résistance s'organise face à cet afflux. Les coûts du logement, de la nourriture, des soins de santé et des écoles font exploser les budgets locaux. Ce problème a été ignoré trop longtemps. Un autre problème est la forte inflation. Celle-ci est favorisée par les investissements publics massifs (ironiquement financés par l'« Inflation Reduction Act » et par des déficits très élevés), la guerre des sanctions contre la Russie et la politique commerciale protectionniste.
En politique étrangère, Biden s'est engagé dans l'internationalisme. Concernant la guerre en Ukraine, son équipe a d'abord habilement réuni une coalition aussi large que possible contre Poutine. Mais on a sous-estimé la Russie, et le vent a tourné en faveur de Poutine. Après deux ans, il n'y a ni « endgame », ni la moindre perspective de paix. Entre-temps, de nouveaux foyers de crise sont apparus au Moyen-Orient. La Chine, pendant ce temps, travaille à dominer la mer de Chine, et l'on parle de soumettre Taïwan. La stratégie du gouvernement Biden semble consister à se faire le plus d'ennemis possible, sans pour autant les dissuader.
L'attrait de la politique « America First »
Les inégalités sociales, qui se sont accumulées sur des décennies, ont été rendues possibles par les deux partis. Trump, en tant que novice politique, a pu rompre d'emblée avec plusieurs tabous du parti républicain : l'attachement à la politique économique néolibérale de Reagan et à la politique interventionniste de George W. Bush.
Sa politique America First place avant tout les intérêts économiques des États-Unis au premier plan. Des mesures protectionnistes visent à protéger l'industrie américaine de la concurrence étrangère. L'immigration clandestine doit être stoppée par un mur avec le Mexique. Sous Trump, les États-Unis continueront de renforcer leur position de premier producteur mondial de pétrole et de gaz ; ainsi, l'Amérique devient encore plus indépendante énergétiquement, cela crée des emplois et fait baisser les prix de l'énergie.
En politique étrangère, la politique America First vise à ce que les États-Unis défendent leurs propres intérêts, sans plus jouer le rôle de gendarme du monde. La majorité des Américains souhaite que leur gouvernement s'occupe en priorité des problèmes du pays, plutôt que de s'immiscer dans les affaires d'autres pays. Les alliés riches en Europe et en Asie doivent payer eux-mêmes pour leur défense. Trump continue toutefois de miser sur une armée forte, destinée surtout à dissuader la Chine de dominer l'Asie, voire le monde.
La politique de Trump est donc tout à fait cohérente en ce qu'elle vise à préserver les intérêts nationaux des États-Unis. Face aux problèmes sociaux en Amérique, il n'est donc pas irrationnel que des électeurs votent pour lui par intérêt personnel. L'homme Trump n'est aimé que de peu, mais son message, lui, l'est.
* L'auteur est échevin de la commune de Weiswampach et a vécu et travaillé aux États-Unis de 2007 à 2018.